Des activités peu visibles… Quelles réalités?

Lors de nos nombreux entretiens, nous nous sommes vites étonnés des représentations qu’avaient les acteurs des différentes activités qui structurent leur territoire. Parfois citées à de multiples reprises (comme l’agriculture) et parfois laissées de côté (comme l’artisanat), nous avons donc cherché, à partir de ce questionnement, à comprendre quelle place occupent chacune des activités structurantes recensées pendant nos entretiens et lors de nos recherches.

I- Quand l’agriculture est évoquée, la forêt reste floue

Les activités les plus citées durant notre travail de terrain ont été l’agriculture et la filière bois (la forêt).  Cela peut s’expliquer par le fait que ces deux secteurs sont visibles et structurants pour le paysage comme pour le cadre de vie du territoire. Bien que plus de la moitié des acteurs parlent d’agriculture (22 sur 31) et un tiers de la forêt, les représentations diffèrent ; celles concernant la forêt étant plus floues que celles concernant l’agriculture. Effectivement, quand les activités agricoles sont relativement bien évoquées et spatialisées (élevage, cultures céréalières, cueillette par exemple), la forêt est souvent cantonnée à de simples repères territoriaux. Mais les caractéristiques des quatre massifs sont rarement spécifiées. Dans les deux cas, les acteurs ont bien conscience qu’il s’agit de deux secteurs d’activités décisifs pour leur territoire, bien que fragilisés. De plus, dans les deux cas, la structuration des filières agricoles et forestières sont des enjeux de taille afin de dynamiser ces secteurs, de les relocaliser et de les rendre plus compétitives. La situation géographique est aussi un des freins à une bonne structuration de ces deux activités, rendant difficile l’accessibilité des ressources et les bassins de commercialisation lointains, comme nous le montre l’exemple de la forêt ou de l’élevage (broutards partant en Italie pour l’engraissement par exemple). Ces différents facteurs favorisent la dispersion des initiatives, entravent toute valorisation cohérente des produits et expliquent le « manque de structuration » souvent mentionné pour qualifier ces filières. Toutes deux ont des répercussions économiques, sociales et environnementales importantes, et demandent à être bien plus valorisées qu’elles ne le sont  aujourd’hui. Une concertation des pouvoirs publics locaux et intermédiaires en ce sens devient alors essentielle, pour accompagner les professionnels vers une diversification des agricultures et des usages de la forêt.

II- Le tourisme, l’artisanat et l’industrie à l ‘ombre de l’agriculture

L’agriculture comme la forêt engendrent aussi des emplois dans d’autres secteurs d’activités, comme le tourisme (notamment en agrémentant le cadre-de-vie et les paysages) ou l’artisanat et l’industrie (charpente, menuiserie ou encore boucherie et IAA parmi d’autres).  Le tourisme, l’artisanat et l’industrie sont donc les autres secteurs d’activités que nous avons pu détecter comme structurants pour le territoire étudié. Pourtant, ils semblent être beaucoup moins visibles pour les acteurs que les deux précédents. Moins cités, ils ne sont néanmoins pas moins présents. Le tourisme notamment profite bel et bien au territoire, tant à Saint-Flour (pays d’art et d’Histoire), qu’à Brioude autour de l’Allier. Tourisme et artisanat se croisent et se nourrissent  l’un l’autre, comme nous le prouve le Musée du Saumon ou l’Hôtel de la Dentelle à Brioude, ou encore l’héritage architectural de Saint-Flour (Cathédrale Saint-Pierre, cité médiévale fortifiée, etc.). Le travail de la pierre semble par ailleurs être un secteur à promouvoir, car il traduit un savoir-faire bien spécifique au territoire, et pourtant peu valorisé professionnellement comme touristiquement parlant.  Cependant, certains pans de l’activité touristique sont nationalement reconnus, comme les sports d’hiver du Cantal ou le patrimoine religieux de la Haute-Loire. Une question d’image se pose alors : comment faire parler du territoire et valoriser ses savoir-faire ? Quelle stratégie de communication appliquer et qui toucher ? Enfin,  le secteur d’activité industrielle est lui aussi flou, ou moins cité qu’on l’aurait cru. Représentant 35% des emplois à Brioude, il est pourtant vital au territoire et se décline sous de nombreuses entreprises très réputées, telles Richemont (fabrication de fromage à raclette) ou Valéo (sous-traitance automobile). Certaine entreprises plus modestes ont cependant été régulièrement citées comme exemplaires et innovantes. C’est spécifiquement le cas de Brioude Référencement, un temps leader national dans son domaine de référencement internet.

Pour conclure…

Quelques enjeux semblent être transversaux aux secteurs d’activités identifiés, hors celui de l’industrie, qui se positionne très différemment des autres, de par son poids et ses modes de gestion. Tourisme, artisanat, agriculture et forêt se rejoignent dès lors au travers d’un manque certain de structuration de leurs filières, et de valorisation de leurs produits. Comme nous l’avons déjà spécifié, cela relève aussi de stratégies de développement, de choix politiques et volontaristes et d’une image assumée de ce qui fait le territoire. L’identité locale est au cœur de ce processus, car avant de valoriser ces ressources, faut-il encore savoir quoi valoriser. Ici se pose aussi la question d’un travail main dans la main entre Saint-Flour et Brioude, au vu des enjeux communs qu’ils possèdent dans un certain nombre d’activités, ou le choix d’un développement plus centré sur eux-mêmes. Dans tout les cas, il est marquant de voir certaines ressources naturelles laissées pour compte ou très peu entretenues, comme le travail de la pierre et de la glaise, ou certains secteurs porteurs d’un grand potentiel réduit par des défaillances de gestion.  Néanmoins, il est évident que les acteurs locaux se saisissent peu à peu de ces enjeux, et que le territoire porte de nombreuses initiatives innovantes dans tous les secteurs : « espace test agricole » (DASA), tourisme vert, éco-construction, émergence du bois énergie  ou association RELET à Murat qui met en relation les étudiants avec les entreprises et les collectivités, n’en sont que d’humbles reflets.

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