La ruralité : atout ou handicap?

I- Un cadre de vie exceptionnel

Dans les entretiens, la ruralité est souvent associée à des valeurs positives qui révèlent la conscience d’une réelle qualité de vie propre au territoire. La tranquillité ainsi que la proximité de la nature sont présentées comme des arguments majeurs pour l’arrivée de nouvelles populations, d’autant plus que les prix du foncier, encore relativement modestes, facilitent l’accès à la propriété. Cette « campagne agréable à vivre » est caractérisée par des paysages remarquables et diversifiés. Ceux-ci constituent une ressource à part entière qui inspire un potentiel touristique varié. D’une part, les loisirs de pleine nature tels que  la randonnée, le VTT, l’équitation, le chien de traineau ou le canoë sont présents sur l’ensemble du territoire. D’autre part, le patrimoine rural est d’une richesse peu commune et est couronné à Saint-Flour et Brioude du label « Villes d’art et d’histoire ».

Si la ruralité évoque a priori des valeurs positives en termes de qualité de vie, elle est aussi synonyme dans les esprits d’une société figée et rétive au changement.

II- Des mentalités renfermées, une culture de l’immobilisme ?

Lors des entretiens, il nous a souvent été mentionné le fait que les populations rurales du territoire seraient marquées par un certain repli sur soi. L’attachement au territoire et à ses valeurs rurales poussé à l’extrême entrainerait le rejet de toute initiative sortant de l’ordinaire. L’un des acteurs notait qu’« Ici on se contente de ce qu’on a, du statut quo », ce qui aurait pour conséquence un certain retard de développement. Cela se traduirait aussi par une réticence à la mobilité. Les jeunes refusent en effet souvent de quitter leur territoire pour accéder à une formation adaptée à leurs ambitions. Un proviseur déplorait ainsi qu’« on a de très bons élèves qui mériteraient de continuer leur formation hors du département mais qui ne supportent pas l’internat et reviennent ».

A l’inverse, ceux qui acceptent de partir reviennent rarement travailler sur le territoire, si bien que la faible qualification des actifs du territoire est un constat souvent relevé. Les jeunes qui restent sont essentiellement ceux qui n’ont pas suivi d’études supérieures. « Il y a un manque de formation après le bac. A Brioude, il n’y a qu’un BTS » remarquait l’un des acteurs interrogés. Et les entreprises locales peinent à trouver du personnel qualifié, elles doivent souvent faire appel à une main-d’œuvre extérieure.

Développer la culture de la mobilité sur le territoire ou s’adapter aux mentalités spécifiques du territoire (en proposant des formations qualifiées sur place) apparaît donc comme un enjeu de formation à part entière.

III- Disparition des services et formes de résistance

Le recul des services fait partie des défis les plus souvent mentionnés. A ce titre, le manque de médecins, que ce soit de généralistes ou  de spécialistes, est frappant. Il est significatif que la maternité de l’établissement hospitalier de Brioude ait disparue. Ce retrait progressif des services liés à la santé semble d’autant plus préoccupant dans un contexte de vieillissement de la population.

Malgré tout, des formes de résistance émergent pour offrir une offre renouvelée de services aux populations. C’est ainsi que le réseau d’établissements scolaires irriguent encore bien le territoire pour le moment, malgré des effectifs peu nombreux. Le collège « La Vigière » compte par exemple un effectif de 200 élèves alors qu’il pourrait en contenir 600. Mais ces petits établissements, dont l’avenir semble au premier abord menacé, permettent aussi aux élèves de bénéficier d’un encadrement privilégié. Par ailleurs, leur sous utilisation actuelle pourrait être l’occasion d’héberger d’autres fonctions ou services publics au sein même des établissements scolaires. Les locaux du collège Blaise Pascal ont déjà été le lieu de colloques scientifiques organisés par l’université de Clermont-Ferrand.

Enfin, le numérique est constamment mentionné par les acteurs comme une condition du développement des territoires à l’avenir. L’accès démocratisé au haut débit est permis par un réseau de centres de télétravail, parmi lesquels ceux de Murat et d’Aurillac font office de précurseurs.  Reconnu à l’échelle nationale, le centre de Murat a mis en place une animation spécifique d’accompagnement des porteurs de projet. Des formations sont ainsi proposées qui sont l’occasion pour des entrepreneurs de découvrir un territoire duquel certains tombent amoureux et où ils s’installent parfois. On voit que le numérique est intimement lié aux politiques d’accueil de nouveaux habitants menées par la région Auvergne.  Par ailleurs, le numérique peut être une des réponses à la faible mobilité des populations du territoire et offrir un moyen de connecter l’ensemble du territoire au reste du monde.

La notion de ruralité n’est pas dénuée d’ambivalence. A première vue, le caractère encore très rural de ce territoire est certainement révélateur de fragilités dont les mentalités renfermées, le recul des services, le vieillissement de la population ne sont que des exemples qu’on retrouve dans beaucoup d’autres territoires français. Pourtant, ces faiblesses apparentes sont parfois considérées par les acteurs sous un jour meilleur, et deviennent alors des forces. C’est ainsi que l’isolement renvoie à des valeurs de tranquillité et de nature préservée, tandis que la fuite des services à la population habituels peut être l’opportunité de les renouveler sous une forme innovante.